Adolescent

na bylgarskiin English

Je ne sais pas pourquoi au monde je suis né
J’ignore pourquoi je mourrai,
Je suis là, captif autant des jours gris
Que de l’aube fleurie du beau mois de mai.

Saluant le printemps, salluant la jeunesse
J’ai ouvert, enthousiaste, les yeux,
Pour être accueilli sur une route fleurie
Sous la caresse des rayons de lune.

Le printemps et les hymnes furent muets pour moi,
Les pétales des pommiers tombaient loin ;
Au-dessus d’abîmes béants, sur des murs noirs
M’enchaîna un scélérat inconnu.

A travers des nuages de haine, de malice,
J’ai vu ramper une ombre noire –
Un géant aux écailles dorées se dressa
Dans des marres de sang et de larmes.

Dans l’obscurité je vis des visages émaciés,
Partout des cauchemars et des pleurs,
Et la lourde menace des cœurs courroucés
Fit écho aux chaînes traînées.

Je reconnus mes frères dans cette caravane d’esclaves
Sous le poids du Veau d’Or pliant l’échine
Et l’Esprit humain – conspué, enchaîné,
Je l’apperçus sous sa couronne d’épines.

Frissonnant des ténèbres de cette terre,
Je criai l’ardeur de mon cœur :
"O, brillez, incendies, dans cette nuit de glace !
Explosez, paroles de fer !

Que la terre s’embrase dans un festin inconnu,
Que tonne le tonnerre, qu’il détruise !
Barricades de brasiers sur le monde des esclaves !
Ouragan, ouragan, d’âmes !..."

Et alors, pris d’amour pour les foules,
Captivé par l’aurore d’une aube nouvelle,
Sans plus demander ma raison d’être au monde,
Je saurai : ma mort serait belle !

1922


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