La mort de Delecluze

na bylgarski

Impétueux, innombrable, l’ennemi s’abat
Sur la commune de Paris tumultueuse,
Et la nuit sur les lèvres des derniers soldats
Pose une bouche sanglante de gueuse.

La ville des millions d’êtres, labourée, en flammes,
Se tait maintenant, désespérée,
Sous la mante de deuil qu’étend
Un soir calme et printanier.

Délescluze, abasourdi mais fier,
S’avance d’un calme et serein pas,
Et dans son cœur se meurent les accords derniers
De la tonitruante musique des combats.

Là-bas se tait la Mort qui guette,
Et, nombreux, guette l’ennemi;
En défiant leurs gueules muettes
Il tombera froid et sans un cri.

Sur le charnier de ses frères, dans le bleu d’encre de la nuit
Se dresse Délescluze solitaire et grand
Comme une offrande sur le bûcher qui luit
Au-dessus des barricades empourprées de sang.

Immense, auréolé de ses cheveux d’argent,
Dressant un front que ride le courroux,
Il tourne encore ses regards vers l’avant,
Silencieux comme une antique statue.

Les balles ronronnent un refrain lugubre;
Une rouge aurore l’illumine,
Paris l’étreint par chacun de ses salves,
Lui donnant sa suprême accolade...

L’instant d’après, serein et fier,
Parmi ses frères il s’écroule,
Mais son âme palpite dans les accords derniers
Du grand hymne de la lutte.

1922


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